Business, it’s only business…

 

C'est à la relecture du livre de Patrick Barrer, "Le double jeu du marché de l’art contemporain ; censurer pour mieux vendre" (1), que s'est imposée cette brève chronique dont le caractère satirique, fait de lucidité et de désillusion, n’échappera à personne…

Génie, pas génie ?

« Tous les artistes crient sur les toits qu’ils ont du génie. Cela fait partie de l’égoïsme exagéré de l’artiste individuel, qui a besoin de cette confiance en lui, autrement il ne ferait jamais rien. Ça ne m’empêche pas de trouver que c’est à tort qu’il y croit mais, en même temps, c’est une bonne chose pour sa production parce que, s’il a quelque chose à dire, au moins ce sera là, et la postérité se chargera de décider.»(2)

Talent, pas talent ?

« Une éternelle querelle oppose les tenants de l’art traditionaliste à ceux de l’art novateur. Et partant, les marchands de l’un aux marchands de l’autre. A chaque époque, il y a en effet des artistes qui se soumettent à la tradition et d’autres qui entendent créer du nouveau. Ce qui ne signifie point que les artistes traditionnels n’aient jamais de talent ou que les artistes novateurs aient toujours du génie. De nos jours, il arrive même parfois que l’art novateur prenne des allures de farce. Et l’avenir décidera si cet art n’est que farce ou si, derrière cette farce, se dissimule la création originale.»(3)

Business, it’s only business...

« Quant à la lutte contre "l’art bourgeois", au vu des centaines d’œuvres censées déranger qu’ils compilent, les milliardaires Bernard Arnault, François Pinault et Charles Saatchi - pour ne citer que ceux-là parmi les acheteurs les plus influents sur le marché international - doivent faire partie des gens "d’en bas" qui luttent contre les abus du système capitaliste qui a fait leur fortune. J’imagine aussi que pour soutenir si fort l’art de leur époque, et donc les artistes qui, selon François Pinault "peuvent probablement percevoir les grands mouvements sismiques plus vite que les hommes d’affaire."(4), ils doivent être, chacun dans leur domaine, des patrons à la pointe du progrès social…»(5)

MDC, mars 08

Notes :

(1) "Le double jeu du marché de l’art contemporain ; censurer pour mieux vendre", Patrick Barrer, Ed.Favre, 2004, Lausanne.
(2) Marcel Duchamp : "Entretiens avec Marcel Duchamp", Georges Charbonnier, cité dans "Le double jeu du marché de l’art contemporain", page 79.
(3) François Duret-Robert, "Marchands d’art et faiseurs d’or", 1991, cité dans "Le double jeu du marché de l’art contemporain", page 57.
(4) François Pinault in "Le Nouvel Observateur", 22-23 mars 2001.
(5) Patrick Barrer, "Le double jeu du marché de l’art contemporain", page 107-108.

 

 

 


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