Des voix s'élèvent dans le show désert

 

Dans la série « l’événement au musée », le Louvre organise le 11 avril 08 à l'auditorium la « quatrième édition du colloque Partages à destination de professionnels de la culture et de l’éducation ». Ce colloque coïncide avec le début des interventions de Jan Fabre au Louvre puisque c’est bien à partir du 11 avril que le public découvrira l'univers de Jan Fabre confronté aux œuvres des Vermeer, Rubens, Rembrandt, Bosch, etc. Cette chronique est un commentaire du communiqué officiel de ce colloque, communiqué accessible sur le site du musée du Louvre.(1)

Un traitement de choc

Dans son communiqué, le Louvre commence par préciser que « l‘événement » a investi les musées depuis plusieurs années. C’est vrai mais nous avions été habitués à une telle insertion à doses homéopathiques. Aujourd’hui, c’est un traitement de choc que l’on nous administre. Ce sont des shows médiatiques à grande échelle et il n'y a pas de comparaison possible avec ce qui a eu lieu dans le passé. Des « chorégraphes, des compositeurs, des écrivains, des artistes du spectacle vivant » sont appelés à y faire des performances. A noter qu’aucun appel n’est fait aux artistes plasticiens. Si l'on peut supposer à la rigueur que les plasticiens sont compris dans les « artistes du spectacle vivant », les véritables exclus sont les peintres, graveurs et autres sculpteurs. C’est qu’il ne doit plus en exister aujourd’hui ou, pour les derniers qui subsistent, on peut penser qu’ils ne présentent plus aucun intérêt, pratiquant un spectacle proprement non vivant !

Les rencontres hybrides

Le communiqué parle ensuite de cette « rencontre hybride » visant à abolir les « frontières de disciplines et d'époques ». L’hybridité pourrait peut-être partir d’une bonne intention mais quand elle vire à la confusion généralisée, on cherche en vain la cohérence et le sens. Si l'on en croit le communiqué, dans cette politique événementielle, il y aurait bien une signification mais à nos yeux, nous n'y voyons qu'un sens unique, sans équivoque.

Un nouveau regard ?

Plus loin, le communiqué invite les artistes à aider le public à porter un « nouveau regard » sur les œuvres. Cela aussi ne serait pas négatif en soi, si l'on expliquait au public qu'il peut y avoir une indéfinité de regards à porter sur les oeuvres. Mais à partir du moment où le critère est de faire du nombre et de séduire le maximum, ce genre de subtilités est difficile à appliquer. On l’aura compris, les musées se doivent désormais de produire et coproduire des shows événementiels. Comme diraient certains, c’est affaire de goût... et de coût. Sous prétexte de ne pas tomber dans un élitisme au relent de supériorité - élitisme dans lequel nous ne nous reconnaissons pas non plus - il est dommage pour autant que l'on tombe dans un éclectisme frénétique et confusionnel.

Décloisonner les publics ?

L’objectif déclaré serait de « décloisonner les publics ». Décloisonner les publics, pourquoi pas ! Mais pourquoi utiliser ce terme péjoratif qui renvoie à l’idée de cloisonnement ? Pourquoi ne pas parler de « spécificités » des publics ? Pourquoi cette volonté de niveler sur un même plan la perception des œuvres ? Pourtant nous savons depuis toujours combien la perception des œuvres d'art est tributaire de nos culture, caractériologie, sensibilité, etc... En outre, l'objectivité de l’imbrication entre le sujet-spectateur et l’objet-œuvre n’est-elle pas plus démontrée chaque jour avec les découvertes des sciences humaines et physiques contemporaines ? La pluralité des perceptions n’est-elle pas devenue une évidence scientifique ? Alors pourquoi prétendre à une seule lecture ? Pourquoi imposer au forceps cette lecture événementielle des œuvres d’art historicisées ?

Démocratisation ou tentation hégémonique ?

Chose plus surprenante encore, le communiqué du Louvre envisage ces événements comme autant de « nouvelles formes de démocratisation ». Pourquoi associer cette volonté de décloisonner les publics à la « démocratisation » culturelle ? Qui a dit que la perception dirigée est d’essence démocratique ? La véritable démocratie n’est-elle pas plurielle ? Pourquoi cette volonté farouche d’hégémonie ? Pour accuser ceux qui ne s’y soumettent pas de ne pas être des démocrates ? Sans doute, mais un tel procédé relève plus d’une tactique béotienne que d’une tactique fine d’ouverture et de compréhension des diverses singularités. Assurément, il ne s’agit pas d’une tactique démocratique. Si nous sommes un certain nombre à le penser, peu d’entre nous le disent. D’où la nécessité de l’écrire ici, sans acrimonie et sans découragement. Pas de commandement à conquérir, pas de mandat en vue, simplement écrire ce qui est et maintenir un lien…


Michel De Caso, mars 08

 

(1) Concernant le renvoi vers le lien hypertexte du communiqué du Louvre, il est précisé sur le site du Louvre que les liens hypertextes ne sont pas autorisés entre autres lorsqu’ils s’appliquent à des sites internet «  diffusant des informations à caractère polémique… » La notion de polémique étant extrêmement élastique et toute critique pouvant s’avérer polémique, nous sommes au regret non seulement de ne pas pouvoir copier/coller le communiqué dans cette page mais aussi de ne pas pouvoir placer un lien hypertexte vers ce communiqué. Nous vous invitons dans ces conditions à chercher le communiqué en passant par Google, en tapant « Colloque partages au Louvre ».

 

 

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