Cette intervention est un éclairage sur le débat sur l'art contemporain, qui, depuis peu, a retrouvé de la vigueur.
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Eclairage sur le débat sur l'« art contemporain » en 2008
1. La relance du débat
Depuis le débat contradictoire sur l’art contemporain, initié en 1997 et enterré dans le courant des années 2000, on s'aperçoit que les théoriciens de l’art contemporain ont su tirer bénéfice des critiques qui leur avaient été adressées entre autres par Jean Clair, Jean-Philippe Domecq, Laurent Danchin ou Patrick Barrer. Depuis quelques temps, le débat a repris avec de nouvelles prises de position comme celles de Remy Aron, Pierre Souchaud, Christine Sourgins, Jean-Michel Meurice, Aude de Kerros, Marie Sallantin ou Pascal Amel, sans oublier les différents sites et blogs qui y participent (Lydie van den Bussche, Carla van der Rohe, etc...)
Désormais, nous n’en sommes plus à l’époque du colloque de 1997 auquel assista le philosophe Arthur Danto et durant lequel il fut extrêmement étonné de constater qu’en France, on en était encore à croire que l’art contemporain était de gauche et l’art originel de droite ! Aujourd’hui, l’argumentation politicienne et idéologique des partisans de l’art contemporain est caduque. Sa caducité n’est pas nouvelle pour ceux qui exercent la même critique depuis longtemps mais cette caducité est devenue visible. En même temps, les théoriciens de l’art contemporain ont quelque peu renouvelé leur discours pour le rendre moins exclusif. Tout est accepté, même … la peinture ! Il reste tout de même quelques éléments rédhibitoires : « …Tout peut devenir de l’AC. Seules trois choses, considérées comme des hypostases du mal, lui sont contraires : la beauté, la valeur et l’identité… »(1).
2. La mode néo-dadaïste
Concernant l’éventuelle beauté d’une œuvre, on a compris que non seulement il n’existe depuis longtemps plus aucun critère pour dire que telle œuvre est belle ou laide mais encore, il n’existe aucun critère formel pour dire que tel objet est artistique. Ce nivellement de la forme, visant à désacraliser l’œuvre d’art et en même temps à sacraliser l’objet usuel, a d’abord été minoritaire. Il n’a pu en être autrement. Née d’une révolte de certains, cette idée n’a concerné au départ qu’une minorité. Puis, on constate que cette idée est passée lentement du statut minoritaire à celui de majoritaire. Pourquoi ? Parce qu’il s’est avéré qu’elle était en phase avec l’évolution des mentalités. Mais il a fallu que plusieurs générations d’artistes, d’historiens de l’art et d’enseignants apprennent cette idée comme une règle et une certitude pour pouvoir à leur tour la transmettre à d’autres étudiants et ainsi de suite. Du coup, l’idée initiale qui avait une certaine pertinence, voire une certaine nécessité, se retrouve totalement sclérosée et vidée de sa capacité à questionner la société. Elle devient proprement un conformisme qui est représentatif de la société qu’il est supposé critiquer. Il en est ainsi de l'idée dadaïste qui est devenue un discours à la mode.
3. « Etre ensemble et être soi-même »
Pour ce qui concerne l’éventuelle valeur d’une œuvre, c’est moins subjectif puisqu’on sait que la seule valeur qui est aujourd’hui retenue est la valeur marchande. Là, c’est affaire de chiffres et cela ne prête pas à interprétation. Enfin, pour ce qui est de l’identité, dans le sens d’une sorte de persistance de la mémoire, elle n’est pas de saison car il s’agit que l’œuvre colle à la mondialisation médiatique. C’est oublier que le singulier n’est en rien incompatible avec l’universel. La superbe devise de la Comédie-Française « Etre ensemble et être soi-même » rend compte de cette compatibilité entre différents points de vue qui demeurent, en tout état de cause, différents. L’entente ne sera possible que si, de part et d’autre, on cesse les caricatures. Tant que la prétention de réserver à une seule vision le monopole de l’art, toutes les complémentarités seront impossibles. Les simulacres de vérités pourront continuer alors qu’en art, plus qu’ailleurs, il n’y a pas de vérité unique mais plusieurs qui ont chacune leur cohérence.
4. Pour une diversité démocratique
Du côté des officiels, on peut dire qu’ : « … en 2007, l’AC français est un corps hybride à la fois méchamment révolutionnaire, gentiment citoyen et follement glamour... »(2). Du côté des interlocuteurs qui appellent à une position critique vis-à-vis de l’art contemporain, ils demandent essentiellement à ce que la diversité réelle soit montrée, les œuvres à vocation sociale comme celles construites sur une plus grande intériorité, d'un accès moins immédiat. Les unes comme les autres sont de leur temps et s'adressent tout autant à leur époque. Une démocratie ne peut respirer valablement que lorsque les différentes visions qu'elle génère sont accessibles à tout le monde. Qu'on aime ou qu'on aime pas n'entre pas en ligne de compte. Les demandes des publics sont tellement diversifiées et contradictoires que, de toute façon, une régulation naturelle se fera. Alors, si ce n’est pour des raisons de strict intérêt corporatiste que je peux comprendre mais non approuver, je cherche encore la validité du discours théorique qui justifie un tel rejet et ne trouve qu’un discours qui a terriblement vieilli.
5. Pour une critique constructive et apolitique de l’art contemporain
Parlant de la légitimité de certains artistes contemporains reconnus comme Christian Boltanski, Sophie Calle ou Annette Messager, Pascal Amel écrit : « …Même si nous ne partageons pas avec eux la croyance que l’art doit être avant tout le reflet de la déréliction du monde, que l’art ne peut exister que sous une forme déceptive ou dérisoire , nous comprenons la nécessité de leur démarche. Pour notre part, nous pensons que les post-dadaïstes se trompent de cible : ce n’est pas la haute culture qui est en question : Shakespeare et Dostoïevski, Goethe et Victor Hugo ne sont pas particulièrement fascistes ! C’est bien plutôt l’instrumentalisation de la culture à des fins de propagande qui est à remettre en question… le fantasme de la méga-machine culturelle globale qui veut former l’homme nouveau en nivelant toute pensée individuelle, toute singularité, toute différence… »(3). En 2008, si l'on prolonge le constat de Pascal Amel qui va dans le sens d'une critique constructive et d'une certaine façon apolitique de l'art contemporain, la moins mauvaise des solutions serait d'appliquer la diversité comme garde-fou contre la propagande. Nous n'irons pas jusqu'à dire que le conformisme aujourd'hui n'est pas du côté que l'on croit mais il y a de cela puisque notre société est devenue, au fil des années et que cela plaise ou non, une société de mœurs et de culture de type… surréalistes, voire dadaïstes !
Michel De Caso
janvier 08
Notes :
(1) "L'art caché", Aude de Kerros, page 187, Ed.Eyrolles, Paris, 2007.
(2) ibid. page 31
(3) extrait de l’intervention de Pacal Amel au colloque « L’Etat et l’art contemporain », théâtre du Rond-Point, 28 novembre 07. Intervention publiée en intégralité dans l’éditorial de la revue ArtAbsolument n°23, page 13.
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