Le Musée du Verre de Conches et le Ministère de la culture.
Une conclusion provisoire à replacer dans un contexte plus général.
Le mois dernier, j’informais les artistes verriers et leurs galeries, des photographes et les lecteurs de mon site que la Délégation Nationale pour les Arts plastiques avait demandé au FRAM (Fond régional d’acquisition pour les musées) de ne plus se prononcer sur les achats du Musée du Verre. L’entrée de collections photographiques dans les collections du musée et l’état d’avancement du projet scientifique, pourtant en cours d’élaboration avec le personnel de la DRAC, servait de prétexte pour justifier cette décision.
A ce jour et à ma connaissance, aucune décision de ce type n’avait jamais été prise en France à l’encontre de la politique d’achat ou de la politique de soutien aux artistes mise en oeuvre dans un musée. Le président du FRAM qui est aussi le directeur de la DRAC, n’avait pas même jugé nécessaire d’en informer la Ville de Conches. La Région de Haute-Normandie, qui finance pourtant le FRAM à hauteur de 50 pour cent de son budget, n’avait pas été consultée ni informée. C’est le jour de la réunion du FRAM et, au moment où l’attaché de conservation présentait les achats du musée à la commission que la Ville et la Région « découvraient » cette décision.
A la suite du courrier envoyé à la DRAC par Alfred Recours Maire et, peut-être aussi, en raison des informations apportées sur mon site, le directeur de la DRAC a rencontré peu après à Conches le Maire de la Ville. Le directeur a informé la Ville que les oeuvres refusées pourraient être de nouveau présentées cet automne puisque, le projet scientifique du musée serait suffisamment avancé à ce moment là.
Alors que depuis 25 ans, la Ville de Conches met en œuvre une politique culturelle cohérente et propose des choix artistiques originaux, le Ministère de la Culture regarde enfin ce qu’elle fait et semble prêt à reconnaître la qualité de son engagement. En cette période de fêtes, la DRAC a également proposé d’aider la Ville à remplir les conditions nécessaires pour devenir une ville classée « Ville d’Art et Histoire.» Si ces promesses se concrétisent, la raison et l’intérêt public auront donc triomphé dans cette affaire.
Un changement de comportement aussi important ne peut se comprendre qu’en le replaçant dans un contexte plus général. Il y a encore un an, ni la rigueur du travail fait dans le Musée, ni la qualité des artistes que la Ville de Conches soutient n’auraient embarrassé le Ministère et celui-ci aurait maintenu sa décision. Mais depuis plusieurs mois maintenant, des journaux comme Le Monde rendent compte de plus en plus régulièrement de la désuète et désastreuse politique culturelle mise en œuvre par la Délégation nationale aux Arts plastiques (1) & (2) et les faits économiques récents déstabilisent la position de la Délégation nationale aux Arts plastiques.
Pour avoir préféré la spéculation au soutien productif et l’ingénierie financière à l’investissement d’avenir, la bulle financière a explosé. Du même coup, les gigantesques désastres produits condamnent impitoyablement la politique mise en œuvre par ce morceau du Ministère de la Culture, qui se comporte à l’image de ce système qui s’effondre et qui n’a jamais cessé de mépriser les valeurs du travail, tout en valorisant continuellement la spéculation du discours en opposition à l’œuvre qui se construit.
Les grands artistes verriers que Conches soutient, transcendent et subliment cette valeur dépréciée par ces "inspecteurs de la création" et l’histoire nous montrera que ces artistes sont sans doute l’une des composantes véritables de l’avant garde de la création du 21 ème siècle!
Personne au sein du Ministère de la Culture n’a mieux joué de cette politique désuète que Jean-Jacques Aillagon. Mais aujourd’hui, l’hiver le plus froid semble avoir peur du printemps et, c’est le Président de l’Etablissement public du Château de Versailles qui déclare "La question de la suppression du ministère de la culture peut se poser, … aucun autre ministère n'est autant obsédé par sa propre existence, au point de devenir une machine à communiquer.» (3) Quel revirement, mais y a t-il des engagements artistiques plus héroïques chez les tenants de la vieille croyance "duchampienne" ?
Ceux qui ont largement bénéficié du financement public et, utilisé sans fin les médias et le scandale pour se rallier un large public, n’ont pas seulement ruiné en partie, l’image de nos artistes à l’étranger ; ils ont aussi exclu et impitoyablement ridiculisé par leurs choix artistiques les populations les plus démunies et donc ceux qui ont le plus besoin de culture. Plus que jamais, artistes ou institutions, nous ne pouvons échapper à l’ interrogation sur le sens de la création. Quelles œuvres voulons-nous réaliser et pour quelle société ? La crise économique majeure dans laquelle nous vivons désormais modifie de façon définitive notre regard sur le monde et c’est toute une partie de la politique du Ministère de la Culture qui apparaît désormais comme appartenant à une autre époque.
« Une fois le paradigme déplacé, quelque chose est définitivement modifié dans la pensée. Mais il faut ensuite que ce nouveau savoir se transmette aux comportements et aux mœurs. » (4). Ne nous berçons pas de naïves illusions. Ceux qui - au sein du Ministère de la Culture - auront la charge de cette transformation, sont les mêmes que ceux qui ont mis en œuvre cette politique néfaste et responsable de la grande crise culturelle que nous traversons. Une majorité d’élus - de droite comme de gauche - les ont laissé faire depuis trente ans, c’est aux élus et à l’ensemble des autres ministères de remettre ces « inspecteurs de la création » à la place qu’ils n’auraient jamais du quitter. En auront-ils la volonté ou laisseront-ils une autre académie se former ? Quant aux artistes, je cite ici Jean Loup Sieff : « Une œuvre est condamnée à être belle pour réussir » et j’ai bien l’intention de réussir ce que j’ai à faire.
Christian Siloé
5 janvier 2009
(2) : http://mda2008.blogspot.com/2008/12/art-contemporain-le-triomphe-des.html
(4) : http://www.liberation.fr/culture/0101307867-le-deuxieme-sexe-une-machine-de-guerre-intellectuelle
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