Rémy Aron et Fabien Bouglé interviewés dans La Tribune


bref commentaire

 

Dans "La Tribune" (quotidien économique et financier) du 26 décembre 07, signalons un double interview de Rémy Aron et Fabien Bouglé qui travaillent tous deux sur la loi pour l'exonération fiscale sur l'achat des oeuvres d'art. Vous pouvez lire cet article, dont le titre est "Est-ce à l'Etat de faire vivre les artistes?", soit dans les archives du site du Journal La Tribune (service payant), soit dans la rubrique actualités/revue de presse du site de la Maison des Artistes.

Profitons-en pour rappeler ici l’appel qu’a lancé Rémy Aron (peintre et président de la Maison des Artistes) dans son rapport moral présenté durant l’assemblée générale du 18 novembre 07 :
« J’ai l’honneur de lancer un appel confiant et solennel au Président de la République en votre nom à tous afin qu’il engage une grande concertation avec les représentants élus des artistes pour une renaissance et une promotion libre de toutes les diversités esthétiques en France car il faut remettre les artistes au centre des politiques culturelles. »

Revenons à l'article de "La Tribune". Il est positif que Rémy Aron et Fabien Bouglé aient pu s’exprimer dans ce journal. D’abord parce qu’ils n’y ont pas tenu la langue de bois ; ensuite parce que même s’il s’agit d’un quotidien de la presse spécialisée (économique et financière), ceci est probablement de bon augure pour l’avenir.

Leurs propos confirment sans détour ce que la majorité des artistes plasticiens et apparentés vivant en France connaissent, à savoir : une situation des plus précaires. L’idée de relancer les grands salons d’artistes, telle que l’exprime Rémy Aron, n’est pas inintéressante, encore faudrait-il y associer les publics, c’est-à-dire qu’une communication ou couverture médiatique soit suffisante et, là, rien n’est moins évident dans le contexte actuel. Pour le projet de défiscalisation d’une partie de l’achat des œuvres d’art (Rémy Aron parle de 25%), c’est aussi une mesure qui peut avoir une incidence. Mais si l'on reprend son propos qui me paraît crédible selon lequel « 90% des artistes ne se reconnaissent pas dans la politique officielle que l'on observe dans les achats des fonds nationaux et régionaux d'art contemporain » , on en arrive à se dire que le mal est tellement profond et ancien - globalement reproduit au gré des gouvernements de gauche ou de droite, même s’il y a eu des périodes moins catastrophiques que d’autres -, que seules des mesures radicales pourraient débloquer la situation. Rémy Aron propose de confier la politique de l’Etat d’achat des œuvres aux artistes eux-mêmes et non à « des intellectuels du verbe prisonniers de la dictature de l'art conceptuel hérité de Marcel Duchamp ». Voilà, me semble-t-il, une mesure radicale qui irait à l’encontre de plusieurs décennies de politique culturelle idéologique et qui serait à même de renouveler le processus.

Quant à Fabien Bouglé (consultant en gestion de patrimoine artistique), il propose de relancer le marché puisque les politiques étatiques ont échoué. Il y a échec car non seulement une petite partie d’artistes est achetée mais, sauf exceptions qui confirment la règle, cette petite partie défend une même vision esthétique, voire philosophique. Or comme le dit Fabien Bouglé : « … il faut en sortir, car l'État n'a pas le monopole du goût, ni celui de l'intérêt général. Il doit tout faire pour que le marché se substitue à lui et fasse revivre la diversité des artistes.» En effet, à partir du moment où l’Etat ne joue plus son rôle de régulateur mais qu’au contraire il pratique l’exclusion, on se demande en quoi cette politique est étatique. Si le marché peut faciliter la circulation des œuvres et donc la monstration de la diversité, pourquoi serait-il à proscrire ? Une politique étatique qui abandonne son rôle d’impartialité au profit d’une action qui semble très proche de ce qu’est une action privée, n’est-elle pas amenée à se refermer sur elle-même ? Bien sûr, en gardant son statut de politique étatique, elle conserve les attributs et avantages de cette fonction… Relayé de manière conséquente par tout un dispositif, cet étrange scénario fait d’intention publique et d’action privée peut durer, même si la majorité des artistes en sont exclus. Mais lorsque le déni est réalisé à une trop grande échelle, le scénario ne peut que s’essouffler et l’anesthésie engendrée, qui peut ressembler à un coma, n’est manifestement et heureusement qu’apparente…

Michel De Caso
janvier 08


Toute reproduction, totale ou partielle, est autorisée sous réserve que les sources soient clairement indiquées.