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Plaidoyer pour une critique adogmatique de l'art contemporain (1)

Le blog Débat sur l'Art Contemporain est un blog ouvert à l'initiative d'artistes plasticiens et apparentés indépendants. C’est un lieu d'informations mais aussi d'échanges de points de vue théoriques pour encourager les questionnements et le débat d'idées. Le leitmotiv du blog est le refus de tout dogme, d’où qu’il vienne.

Trois devises de Nietzsche (2) accompagnent ce blog. La première fait référence à la pensée adogmatique qui nous anime : « Ce n'est pas le doute mais la certitude qui rend fou.» La seconde traite de notre capacité de résistance : « Tout ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort.» Et la dernière concerne la pluralité de perceptions d’une œuvre d’art : « Une œuvre d'art n'est lisible que par approfondissements successifs.» Forts de ces trois adages nietzschéens, revenons à l’art contemporain proprement dit. Ne se caractérise-t-il pas d’abord, cet art dit contemporain, par la volonté de rompre le lien avec l’art originel ? Ne valorise-t-il pas en effet le discours et sa communication au détriment de l’œuvre et de sa contemplation ? Mais depuis quand dit-on que la contemplation n’a plus de nécessité ? Depuis quand le discours se substitut-il à l'œuvre ? Depuis quand l'artiste n'a-t-il plus la capacité de transmuter la matière ?

Finalement, depuis peu de temps, au regard de l'histoire de l'art. Le lien rompu avec l’art originel n'aura duré que quelques décennies. Quelques décennies, c'est peu mais c'est long pour ceux qui les ont vécues. Bien sûr, dans cette histoire contemporaine pour le moins orientée, tout n'aura pas été négatif. Il y a bien des choses que l'on pourra y retenir et loin de nous l’idée de céder à une quelconque nostalgie. Mais que de gâchis, que de dénis, que de temps perdu tout au long de ces quelques décennies. Cela ne rappelle-t-il pas ce qu'avait écrit Soljenitsyne dans son Discours de Stockholm : « Quand des écrivains sont condamnés à créer en silence jusqu'à leur mort sans entendre jamais l'écho des mots qu'ils ont écrits, alors, ce n'est plus seulement une tragédie personnelle, c'est le martyre d'une nation toute entière. » ?

L’art dit contemporain, n’est-ce pas aussi la volonté de montrer une seule vision de la réalité ? Or, montrer uniquement une vision de la réalité, c’est oublier que nous percevons celle-ci de façon différente. Même si on se limite à la seule réalité que nos sens peuvent percevoir, pour donner à voir cette réalité-là, cela suppose donc une pluralité de récits et de points de vue. Quant aux réalités qui ne sont pas perceptibles à nos sens habituels, réalités que certains d’entre nous évoquent naturellement dans leurs œuvres, pourquoi faudrait-il que ces visions-là soient rejetées ? Sont-elles trop symboliques ? Sont-elles dangereuses pour l’ordre public ? Tombent-elles sous le couperet de l’interdit métaphysique qui fait que, spécialement en France, seule la métaphysique orientale soit admise (le zen en étant le meilleur exemple)? Qui peut vraiment le dire ?

Aussi, quel que soit le style artistique pratiqué et la vision exprimée, il ne s’agit pas pour nous de proposer de remplacer une vision partielle par une autre vision qui serait tout autant partielle. Il ne s’agit pas plus de mettre en avant une vision de l’art qui serait supérieure et exclusive. La véritable démocratie ne demande-t-elle pas à ce que la pluralité des points de vue soit montrée ? Prenons garde aux mots-clés qui sont censés détenir une vérité définitive, totalisante. Personne ne peut prétendre à la détention de la vérité exclusive, fut-elle sacrée. Chacun ne se positionne-t-il pas en fait en fonction de ce qu’il perçoit, c’est-à-dire de ce qu’il émet et de ce qu’il reçoit ? Certains pourraient prendre cette position comme un plaidoyer pour le relativisme absolu. Pourtant, ce n’est pas le cas, d’autant plus que le relativisme absolu est souvent combiné à un narcissisme triomphant, selon un postulat que nous dénonçons et qui pourrait être celui-ci : tout se vaut et tout est égal puisque tout m’est égal, excepté moi-même.

Enfin, le public, est-on sûr qu’il soit si homogène qu’on veut bien nous le dire ? Le public n’est-il pas hétérogène et donc, n’existe-t-il pas plusieurs publics, chacun d’entre eux ayant des demandes et des besoins différents ? Certains d’entre nous vivent d’ailleurs ce fait puisqu’ils sont suivis par des collectionneurs ou amateurs fidèles. Ne s’agirait-il pas pour nous d’aller à la rencontre de nos publics ? Ne serait-il pas opportun de leur dire qu’en ce début du XXIe siècle, tous les artistes ne sont pas devenus des hommes et des femmes d’affaires ?

C’est pourquoi dans ce désir de montrer la diversité, nous pensons qu’il y va de l’intérêt de chacun et de tous. Plus généralement, on pourrait dire qu’il y va de l’intérêt de la démocratie et de la pensée. Ainsi, pour que la démocratie respire et pour que notre pensée ne soit pas monolithe, la diversité artistique qui est un fait indéniable doit être montrée, dans toute sa complexité, dans toutes ses errances et dans toutes ses espérances.

Michel De Caso
artiste-plasticien et animateur du blog

 

(1) Texte intégral de la présentation de ce blog faite par Michel De Caso lors de la rencontre du 22 mars 08 à la Halle St Pierre de Paris.
(2) Le recours à des citations de Nietzsche ne signifie nullement que nous adhérons à la totalité de la pensée du philosophe allemand, pour peu que celle-ci puisse être considérée comme une totalité. Il est admis que sa pensée, très riche mais présentée de façon fragmentaire, se prête à de multiples interprétations et il est clair que certaines de ces interprétations sont aux antipodes de ce que nous croyons.